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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 12:41

Le radeau de la méduse

Juin 2011

 

Bonjour,

 

Cette rubrique a été conçue pour vous éviter certains déboires en bourse. La belle évolution dans le temps de notre Pépinière montre que l’on peut gagner en bourse en étant sélectif et en choisissant ses titres selon une analyse fondamentale. Avec ce critère, on va définir quelles sont les valeurs qui souffrent d’un retard par rapport à leur secteur ou grâce à l’évolution favorable de leur chiffre d’affaires. Mais pour que les fondamentaux d’une entreprise soient discriminants encore doit on pouvoir posséder les bons chiffres…

A cet égard les responsables de grandes sociétés peuvent donner de fausses informations : Vivendi, Altran, Marionnaud, Natixis, Eurotunnel, ont pu ainsi tricher sur l’évolution de leur chiffre d’affaires passé ou prévisionnel. Il en est résulté des surévaluations des actifs de leur société dont les actionnaires ont été les victimes.

Je vais vous expliquer comment une société a opéré, pour tromper non des particuliers, mais des institutionnels dont la compétence a été abusée.

 

L’affaire du Volter Fund limited

C’est à la suite de la plainte de plusieurs sociétés d’investissement que le parquet de Paris diligente une enquête pour escroquerie, vol en bande organisée, abus de confiance, falsification d’informations en bande organisée par des spécialistes de la finance, etc. Les sociétés Neuflize, Gan, Athéna, Fortis, s’aperçoivent en 2001 qu’elles ont perdu l’ensemble de leur placement dans le Volter Fonds. Elles portent plainte et l’instruction débute en France en 2002. Ce n’est qu’en juin 2010 qu’un arrêt renvoie les auteurs de l’escroquerie devant le tribunal correctionnel.

 

Origine du Volter Fund 

C’est un spécialiste de la gestion de fonds « dérivés » qui devient le gestionnaire de ce fonds. Il est titulaire d’un DEA de probabilités et de calculs stochastiques. Comme dans toute escroquerie, il faut que le tour de table permette aux investisseurs, de s’assurer de la surface du fonds. C’est Monsieur Heilbronner qui en tant qu’ex-directeur du GAN va donner les lettres de noblesse de ce fonds. Monsieur Heilbronner est un énarque, inspecteur des Finances, directeur de plusieurs cabinets ministériels, président de d’importantes sociétés du domaine de la banque. Deux autres comparses issus de Cargill et d’Arthur Young complètent la direction du fonds qui va immédiatement commencer ses activités. La législation française ne permettant pas la création de sociétés de ce type, les Iles Vierges britanniques  accueilleront ce nouveau fleuron de la finance.

Comme dans d’autres affaires, la stratégie du fonds est indéchiffrable, pour les non initiés, comme pour les « spécialistes » du tour de table. Il s’agit de jouer sur des options, des swaps, des caps, en achetant à crédit et en vendant des valeurs que l’on ne possède pas. On joue sur l’effet de levier permis par l’achat et la vente d’options comme dans l’affaire de la Société Générale. La complexité de ces opérations échappe d’ailleurs complètement aux dirigeants formés à une époque où ces transactions n’existaient pas encore. La rapidité des opérations, l’importance des positions prises avec un effet de levier, rend difficile une surveillance au jour le jour.  Comme la spéculation permet de jouer avec un coefficient multiplicateur de 7 à 8 par rapport aux sommes réellement détenues, il ne faut pas se tromper sur le sens de ces opérations. Si le gain peut être important, la perte devient colossale, rapportée à l’actif détenu.

Les parts sont offertes au prix de 1000 dollars mais avec un minimum de souscription de 1 million de dollars. Ce fonds réunira au final 40 millions de dollars.

   

Ce fonds créé en 1997, reçoit en fin d’année la démission d’un de ses membres qui ne comprend pas comment la valeur d’actif du fonds est calculée.A la fin de l’année 1997, la valeur du fonds est évaluée à 13,7 millions par les liquidateurs de la société, à 15,7 selon les relevés mensuels de valeur liquidative et à 23 millions par le responsable de la société. Entre avril 1997 et avril 1998, le fonds réalise une performance de + 40%, tandis que la bourse progresse de 83% cette année là !

En 1999, le fonds est radié des Iles Vierges car aucune formalité attestant de son existence n’a été réalisée : absence de siège social, infraction à la législation sur les sociétés et non paiement du droit d’enregistrement. Simultanément,  un deuxième administrateur quitte le navire fin juillet 1999. Dès la fin de l’année 1999, le fonds était débiteur de 40 millions de francs en dépit d’une progression continue de la bourse. Il faut dire que le gestionnaire principal du fonds est Monsieur Imad Lahoud impliqué par ailleurs dans l’affaire Clearstream.

Une comparse comptable continue à émettre régulièrement en fin de mois la valeur liquidative fictive du fonds. En conséquence, la banque FORTIS qui gère 220 OPCVM, va souscrire des parts valorisées à 1479 dollars. Comme elle, d’autres investisseurs continuent à souscrire dans une structure sans domiciliation ni existence légale. Le 14 août 2000 un liquidateur provisoire est désigné par les Iles Vierges, sur plainte des premiers souscripteurs. Il découvre l’ampleur des surévaluations : 40 millions pour 10 millions d’actifs réels. Puis en avril la perte de 38 millions de francs, l’actif ayant été dévoré par le génie des stochastiques…

 

Pendant la faillite les affaires continuent

En dépit de l’inexistence déclarée du fonds, radié des registres des Iles Vierges, en 1999, les affaires continuent. La société Orbita souscrit les yeux fermés le 5 janvier 2000, pour 4 millions de dollars à un prix de 1521 dollars l’action, dans un fonds non immatriculé, sans existence légale et en cours de liquidation ! Au début du mois de juillet Orbita porte plainte auprès de la COB car elle ne reçoit plus les valorisations sur la valeur du fonds.

La banque Fortis, continue à investir pour 3 850 000 dollars en janvier, février et mars. La banque Atlas se contente d’un versement de 500 000 euros en février 2000.

Le 15 novembre 2001, le liquidateur, Monsieur Taylor, prononce un arrêt qui démontre l’absence de professionnalisme des dirigeants, l’absence d’archives, des valeurs liquidatives fantaisistes et fausses. Selon les destinataires des relevés, les chiffres portant sur la valeur liquidative, différaient fortement…

En revanche les frais de courtage et de gestion atteignent 25% du total des investissements, pour 6,3 millions de dollars, tandis que 3 millions et demi de pertes ne sont pas identifiées.

 

Tournoi de Golf 

Les plaignants arrêtent la procédure aux Iles Vierges pour la transférer en France en 2004. Ce délai permettra une prescription de certains faits et l’atténuation de plusieurs charges. C’est ainsi que les incriminations d’appel public à l’épargne et de bande organisée disparaissent des incriminations. Or les banques et le GAN ont bien investi au « bénéfice » de leurs clients qui sont des particuliers lésés. Sauf que seuls ces organismes apparaissent sans être considérés comme des intermédiaires par rapport à leurs clients qui sont des particuliers lésés. Si les investisseurs ont été abusés par le tour de table prestigieux du Volter fonds, ils n’ont pas réalisé les contrôles sur leurs investissements. C’est le schéma de l’affaire Madoff qui se répète. Les banques lésées sont aussi prestigieuses que le tour de table, en conséquence tout le monde se fait confiance.

Afin de traquer les gogos, souscripteurs éventuels, un tournoi de Golf sera organisé pour 168 000 euros. Une filiale pour la promotion du Golf est créée qui sera liquidée après avoir grugé d’autres gogos. Cette filiale « PSL Golf » est chargée de gérer les carrières des joueurs. Un joueur de classe internationale, Sébastien Delagrange est sponsorisé comme six autres joueurs. Il perçoit 29 000 euros au titre de la convention de parrainage. PSL Golf a une vie très brève : née en 2001, elle décède en 2002. Le dépôt de bilan laisse quelques factures impayées. Le gestionnaire de fait de cette société, Monsieur Lahoud, est condamné pour abus de bien social, le 11 décembre 2008. Il s’agit d’une procédure distincte de l’affaire du Volter Fonds.

 

Epilogue

Pour en revenir au Volter Fund, le tribunal de Grande Instance de Paris présidé par Monsieur Jean-Marie d’HUY, décide de renvoyer ce dossier devant le tribunal correctionnel le 17 juin 2010. L’ordonnance de renvoi comporte 85 pages dont j’ai résumé l’essentiel.

Sa conclusion avalise la dépense du tournoi de Golf, comme conforme aux usages de promotion commerciale. La rémunération du directeur du Volter Fund est en revanche jugée excessive car portée par ses soins de 1 à 3 millions d’euros pour le seul exercice 1999. Lui sont aussi imputés comme délits des chèques à son frère pour 76 000 euros, ainsi que d’autres menues fredaines.

Faut-il s’étonner de retrouver Lahoud dans le faux listing de l’affaire Clearstream ? Après avoir pendant plusieurs années donné de fausses valeurs liquidatives aux parts du Volter Fund, il n’était pas difficile pour lui d’introduire de nouveaux noms dans un listing…

Dominique Gaillardot  avocat général du procès Clearstream dresse un portrait accablant du prévenu le 23 mai 2011  « Avec Imad Lahoud, nous avons bien affaire à un escroc, un vrai », observe-t-il, en rappelant ses deux autres condamnations pour escroquerie et banqueroute, ainsi que les poursuites dont il fait l’objet dans l’affaire du fonds Volter, pour laquelle il comparaitra en septembre devant le tribunal.


 

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