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4 septembre 2008 4 04 /09 /septembre /2008 10:07

Le radeau de la méduse

Septembre 2008

 

La crise financière continue…

sans qu’une sortie du tunnel soit en vue !

La dérégulation financière accouche d'une longue crise dont la durée sera supérieure à deux années. Elle s’applique parfaitement à la volonté pasée des pouvoirs publics de permettre au système financier de faire n’importe quoi. En passant de la banque de détail au financement hypothécaire, puis à la finance internationale avec des prises de risques insensés sur de multiples produits issus de l’ingénierie financière, nous prenons lentement conscience des risques du système. Immobilier, subprimes, conduits, rehausseurs de crédits, ARS, sont autant de produits obligataires entrés tour à tour dans un désastre croissant. Après un an de crise, une nouvelle année noire est annoncée pour un montant affiché désormais de l’ordre de 1500 milliards de dollars partis en fumée. Le problème, c’est que l’on ne sait toujours pas quels sont les porteurs de ces créances irrécouvrables. A ce jour nous ne connaissons en effet qu’un tiers des pertes avouées.

A l’épicentre de la crise, la Réserve Fédérale a déjà dépensé l’essentiel de ses fonds, avec Bear Stearns, le renflouement de Fannie et Maddie, ainsi que celui d’une dizaine d’autres banques. Le problème, c’est que 90 autres organismes financiers battent de l’aile. A ces désordres il faut ajouter le financement de la guerre d’Irak qui atteint les 500 milliards de dollars, hissant le déficit budgétaire à des sommets jamais atteints.

En France le Crédit Agricole et Natexis sont durement touchés. Natexis envisage de réaliser une augmentation de capital à moins de 3 euros par titre ! Mais les actionnaires américains ont perdu 90% de leurs avoirs dans la faillite de leur système bancaire.

La théorie des dominos, c’est le transfert de l’ensemble des pertes sur le fonctionnement des économies réelles. Les banques ne peuvent plus guère prêter alors qu’elles sont devenues exsangues ! Au contraire elles doivent mobiliser des capitaux en revendant rapidement leurs créances…

 

Maurel et Prom victime d’un trader fou

Comme de nombreuses sociétés, Maurel et Prom, doit couvrir ses activités de recherche et d’exploitant pétrolier contre les brutales variations des cours du pétrole ou des cours des devises. A l’occasion de la publication des résultats semestriels, nous avons appris qu’un salarié aurait fait perdre 36 millions d’euros à Maurel. Une procédure de licenciement a été entamée contre ce salarié le 2 septembre.

Une telle information offre l’occasion de s’interroger sur la maîtrise par le management de ses procédures internes de contrôle. Le dirigeant de Maurel a pourtant été surnommé « le Mozart de la finance » !!

En consultant le rapport semestriel de Maurel, on constate qu’une partie de la production pétrolière a été vendue à terme aux environs de 90 dollars le baril pour les années 2008, 2009 et 2010. Ces ventes étaient loin de se réaliser aux plus hauts cours vers les 140 dollars. Mais entre 90 et 140 dollars, il y a de la marge… S’agissant de personnes qui vivent dans le milieu pétrolier on peut en tirer la conséquence d’une difficulté à apprécier l’évolution des cours, même par des spécialistes. Mais comment une direction qui apprécie aussi mal l’évolution des prix de son cœur de métier, peut-elle contrôler les opérations effectuées sur les devises en interne ?

La théorie des dominos montre que toute la sphère économique est atteinte par des pratiques douteuses. C’est la deuxième fois que Maurel sous estime la valeur future du prix du baril en vendant sa production à bas prix. Elle déçoit alors que ses résultats en recherche et en production sont excellents, puisque l’objectif de reconstitution des réserves et de production de pétrole serait atteint avec un an d’avance.

Cette affaire démontre que n’importe quelle société opérant au plan mondial peut se tromper dans l’évaluation des cours futurs d’une matière première essentielle à son fonctionnement. Air France, par exemple couvre à 18 mois ses besoins en carburant, Nexans en fait autant pour ses besoins en cuivre. Encore faut-il que les traders en charge de ces opérations de couverture ne se trompent pas ou qu’il n’essaient pas d’obtenir des bénéfices exceptionnels spéculatifs. Tant que tout se passe bien, que les bénéfices s’accumulent, les dirigeants récompensent le risque pris. Dès lors que les pertes apparaissent, la chaîne managériale se distend, comme on l’a vu dans l’affaire Kerviel.

 

Guy Muller

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