La bourse
Janvier 2012
Une remontée des cours brutale
En un mois, le CAC40 est passé de 2900 à 3300 points, alors que la situation économique reste préoccupante. De nombreuses valeurs ont progressé de 20% en quelques jours, parmi celles qui décotaient le plus, avec des PER de 3 à 6. A l’approche des résultats pour l’exercice 2011 et des futures distributions de dividendes, le marché a constaté une divergence importante entre les déficits des états et la situation bien meilleure des entreprises.
Le retour de la hausse de misère
Lorsqu’une monnaie dévaluait, avant la création de l’euro, les actions progressaient rapidement, du montant de la dévaluation. La valeur des actifs d’une société varie en fonction de son activité. La dévaluation dopait les ventes jusqu’à ce que l’avantage compétitif retrouvé soit annulé par la hausse du coût des importations. De la même manière, notre marché a perdu 50% de sa capitalisation en dix ans, alors que les entreprises ont connu une progression de leur chiffre d’affaires. Elles se sont aussi désendettées, au contraire des Etats, retrouvant ainsi un rôle de valeurs d’actifs solides. Mieux, en s’implantant à l’étranger, dans les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), elles sont devenues beaucoup plus rentables.
Le terme de hausse de misère signifie alors que la hausse des cours indexe globalement les cours sur l’inflation et les dérives monétaires. L’action représente un actif qui se régénère en permanence par ses amortissements, provisions, cash flow.
La création d’une TVA dite sociale, donnera un bol d’oxygène au marché semblable à une dévaluation. Encore faut-il que cette hausse soit bien calibrée et pas d’un trop faible niveau. Comme on l’a vu dernièrement, la hausse de misère est générale, elle ne valorise pas les qualités intrinsèques d’une valeur.
Des Etats aux abois
Ils génèrent une grande instabilité fiscale, car toujours en recherche de solutions propres à satisfaire les notateurs. La France a décidé toute seule de créer une taxe sur les transactions financières. Cette taxe Tobin devait taxer les transactions spéculatives, or ses modalités d’application, vont encore augmenter le poids des prélèvements sur les valeurs mobilières. En effet cette taxe devrait concerner les actions et les obligations lors de leur achat ou de leur vente. Bien que d’un faible montant, les organismes gestionnaires d’OPCVM sont montés au créneau pour expliquer que leurs placements n’ont aucun caractère spéculatif. Les placements monétaires rapporteraient 0,8% au lieu de 1%. Les assurances vie deviendraient encore moins intéressantes… Bref, ce n’est pas la spéculation qui serait atteinte, mais bien l’investissement à long terme. La Cour des Comptes vient de publier un rapport qui exprime des doutes sur l’efficacité de l’assurance-vie qui ne contribue pas à la croisance.
Après avoir avancé la création de la TVA sociale, certains parlementaires ont dit préféré une hausse de la CSG. On le voit, le champ des possibles est toujours ouvert dans le sens d’une aggravation continue de la fiscalité…
La dégradation de notation des pays par Standard & Poor’s a été réfutée par les politiques, sans aucune nuance. Or l’agence de notation a explicité sa vision des choses, réfutant l’argumentation trop orthodoxe des Etats. L’accord du 9 janvier entame un processus de réforme basé sur le seul pilier budgétaire. Cet accord s’avère autodestructeur car augmentant l’inquiétude des consommateurs quant à leur emploi et à leur revenu, réduisant la demande intérieure, conduisant in fine à une baisse des recettes fiscales.
L’agence indique qu’il faut aussi rééquilibrer les échanges et lutter contre le déficit des balances commerciales en Europe. Elle préconise l’établissement d’un calendrier moins rapide et plus étalé pour le rétablissement des déficits.
Ces préconisations vont donc à l’inverse d’une pratique d’annonces multiples et irréfléchies de la part de politiques soucieux d’occuper le terrain dans les perspectives électorales sui leurs sont propres.
Le pacte de régulation des déficits
Après sa perte des trois A, la France est désormais dégradée aussi au plan de la négociation du futur traité. C’est ainsi que l’Allemagne a commencé le 23 janvier une négociation avec les autres pays pour la rédaction du futur texte. Les réticences sont nombreuses quant aux sanctions à mettre en œuvre vis-à-vis des pays qui déraperaient. Cette mise sous tutelle est déjà rejetée par plusieurs pays au nom de leur souveraineté. Nous arrivons à l’essentiel du débat après dix ans de discours inefficaces. Avec une vraie banque commune, l’Europe deviendrait fédérale, situation déjà rejetée par la Grande Bretagne. Ce fédéralisme imposerait une communauté de vues au plan de la gestion économique et sociale. La possibilité d’exercer des sanctions, par qui et à quel niveau, est au cœur du prochain débat.
Pour le moment, l’accalmie sur le front monétaire, ne doit pas cacher les difficultés rencontrées et les difficultés futures. La Grèce qui hésite à accepter que les investisseurs se coupent les bras avec 70% de dépréciation de leurs créances, donne un très mauvais exemple. Le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la France doivent espérer, lors de chaque échéance, que leur masse de dettes puisse être refinancée sans à coup.
En conséquence, rien n’est définitivement réglé, tant que le volume de la dette continue à progresser. Pour réduire la dette, elle doit être inférieure à 3%, au-delà elle continue de croître. Comme en 2012, nous en serons toujours à 4,5%, il faudra recourir à des emprunts dont le volume continue à augmenter. En dépit d’une embellie, le risque en 2012 reste qu’un pays se trouve mis en difficulté lors d’un placement d’obligations. Tout repose en fin de compte sur la solidité des FESF et MES qui sont chargés d'assurer la liquidité du marché.
Guy Muller
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